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Archive for the ‘Les ducs de Normandie’ Category

Guillaume II « le Conquérant » (Né vers 1027-mort en 1087)

Guillaume le conquérant

Fils illégitime de Robert le Magnifique et d’Arlette, Guillaume devient duc de Normandie à la mort de son père en 1035. Il n’a alors que 8 ans. Sa mère se remarie avec Herluin de Conteville, et lui donne deux demi-frères: Odon de Bayeux et Robert de Mortain. Sa bâtardise fournit un prétexte aux principaux barons de Normandie pour bafouer l’autorité ducale, autorité d’autant plus fragile que le duc est très jeune. Le duché de Normandie traverse en conséquence plus d’une décennie de troubles. Des guerres éclatent entre les principales familles baronniales et des complots frappent jusqu’à l’entourage du jeune duc : Guillaume perd trois de ses tuteurs ou protecteurs par assassinat : le sénéchal Osbern de Crépon, Gilbert de Brionne et Alain III de Bretagne. Les descendants des anciens ducs, les Richardides, semblent impliqués dans ces meurtres. Aux troubles de la minorité de Guillaume viennent s’ajouter le fléau de la famine et des épidémies meurtrières, qui pèsent durant sept ans sur la région.

En 1046, Guillaume a 19 ans. Un complot vise cette fois sa personne, jusqu’alors épargnée. Une partie des seigneurs forme une coalition pour l’écarter au profit de Gui de Brionne, un cousin de Guillaume, fils de Renaud Ier de Bourgogne et d’Adélaïde, fille du duc Richard II. Cette rébellion rassemble essentiellement des « vieux Normands » de l’Ouest (Bessin, Cotentin, Cinglais) traditionnellement indociles et hostiles à la politique d’assimilation menée par les ducs. A Valognes, Guillaume échappe de peu à une tentative d’assassinat. Il s’enfuit et est accueilli par Hubert de Ryes qui le fait escorter en sécurité jusqu’à Falaise. Avec l’aide de son fidèle allié, le roi de France Henri Ier, le jeune duc part en campagne contre les rebelles normands, qu’il parvient à défaire à la bataille du Val-ès-Dunes en 1047.

Cette victoire est le premier tournant du règne puisque Guillaume reprend solidement en main le duché. À l’occasion d’un concile tenu à Caen en 1047, il impose de lui-même la paix et la trêve de Dieu. Les difficultés ne sont pour autant pas écartées puisque le duc doit compter avec l’hostilité d’une partie de sa parentèle, les Richardides. Autour de 1050, il parvient à en éliminer plusieurs : le comte de Mortain Guillaume Werlenc est banni, Guillaume d’Arques s’exile après l’échec de sa révolte contre le duc en 1054 et enfin l’archevêque de Rouen Mauger, fils de Richard II de Normandie, doit abandonner son siège métropolitain. Guillaume confisque les fiefs du comte d’Arques, rétablit l’ordre par une habile politique de distribution des terres et contrôle plus fermement les agents du pouvoir que sont les vicomtes. Le pouvoir du jeune duc s’appuie sur un groupe de fidèles parmi lesquels figurent ses demi-frères ainsi qu’un groupe de barons (Guillaume Fitz Osbern, Roger II de Montgommery, Guillaume Ier de Warenne et Roger de Beaumont). Ils sont nommés à des fonctions importantes ou installés dans des territoires stratégiques. Entre 1050 et 1056, il élargit son réseau d’alliances en épousant Mathilde de Flandre, fille de Baudouin V, comte de Flandre et nièce du roi de France Henri Ier, en dépit de l’interdiction du pape Léon IX. Le mariage soude une alliance entre les deux plus puissantes principautés du nord de la France. Il faudra attendre le pontificat de Nicolas II pour que le couple soit absous, au prix toutefois d’une pénitence: Celle de fonder deux monastères à Caen. L’abbaye dite aux Hommes, dédiée à saint Étienne et l’abbaye dite aux Dames, dédiée à la sainte Trinité, seront ainsi élevées.

De 1050 à 1060, Guillaume repousse de nombreuses incursions menées par le roi de France Henri Ier et ses alliés qui s’inquiètent désormais de sa puissance croissante. Ces expéditions tournent court après les défaites de Mortemer puis de Varaville. La mort d’Henri Ier en 1061 va permettre à Guillaume de satisfaire d’autres ambitions: Il veut devenir Roi d’Angleterre comme l’a incité à briguer sa succession dès 1051, Edouard le Confesseur, petit-fils de Richard Ier, qui trouva dans sa jeunesse refuge en Normandie. Il existe toutefois un autre prétendant, Harold, beau-père d’Edouard, qui va accepter la couronne proposée par les barons anglais à la mort du roi en 1066, malgré le serment fait à Guillaume.

Guillaume le Conquérant parvient à convaincre les barons normands de participer à cette invasion. Il obtient même le soutien du pape Alexandre II qui lui envoie un étendard pontifical. En quelques mois, l’armée normande est prête. En août, il réunit une armée d’environ 50 000 hommes dans le port de Dives, puis se rend à St Valéry sur Somme recevoir les renforts de Francs, de Flamands et de Bretons. Guillaume débarque à Pevensey dans le Sussex le 28 septembre 1066. Le 14 octobre, il défait Harold à la bataille d’Hastings, durant laquelle ce dernier est tué, et reçoit la couronne anglo-saxonne le jour de noël 1066 dans l’abbaye de Westminster. Il doit en partie cette victoire à l’attaque d’un autre prétendant, Harald Hardrada de Norvège, qui avait déclenché, quelques semaines plus tôt, une attaque contre Harold. Ce dernier avait réussi à en triompher lors de la bataille de Stamford Bridge, mais son armée se trouva affaiblie lorsqu’il fallut affronter l’armée normande quelques jours plus tard. En 1066, Guillaume le Conquérant bénéficie donc d’une heureuse conjoncture politique et diplomatique qui lui permet de conquérir l’Angleterre sans être menacé ou attaqué sur ses arrières. Cette situation exceptionnelle change après son retour en Normandie en mars 1067. Durant les vingt dernières années de son règne, Guillaume doit faire face à plusieurs révoltes intérieures et au réveil des principautés voisines. Ses difficultés sont augmentées du fait de l’extension de son territoire: Il ne peut intervenir partout, directement et rapidement.

Tout d’abord, l’Angleterre ne se soumet pas facilement. Plusieurs révoltes éclatent (en 1067, en 1069 et en 1075), la plus importante étant celle de 1069, qui contraint Guillaume à une répression sauvage. Sur le continent, Guillaume subit également plusieurs échecs. La Flandre plonge dans une crise de succession après la mort du comte Baudouin VI et, malgré une intervention militaire, le duc de Normandie ne parvient pas à imposer le parti de la veuve, Richilde, sa belle-sœur. Bien que nominalement possédé par le fils du Conquérant, le Maine se détache de l’influence normande. Si après une brève campagne militaire Guillaume réoccupe la région en 1073, il se trouve plus tard mis en échec par la révolte d’un seigneur local, Hubert de Saint-Suzanne: Le château de Sainte-Suzanne n’est toujours pas pris après deux ans de siège (1084-1086). De même, en Bretagne, où la Normandie intervient traditionnellement, Guillaume doit reculer.

Derrière les difficultés du duc dans le Maine et en Bretagne, se cachent les agissements des deux principaux ennemis de la Normandie, à savoir le comte d’Anjou Foulque le Réchin et le roi de France Philippe Ier. Ils soutiennent toutes les révoltes contre le duc. Robert Courteheuse, le fils aîné du Conquérant, se rebelle également en 1078 contre son père: Il s’exile à la cour de France où le roi lui confie la forteresse de Gerberoy. Philippe Ier espère par tous les moyens rabaisser la trop grande puissance normande. Le règne de Guillaume marque d’ailleurs le début d’une guerre récurrente entre les rois d’Angleterre et de France. C’est justement contre ce dernier que Guillaume livre son dernier combat. En 1087, devenu obèse, il conduit son armée jusqu’à Mantes qu’il brûle. Mais une blessure ou une maladie contraint le duc à retourner dans sa capitale de Rouen. Il agonise quelques jours en toute lucidité au prieuré Saint-Gervais, aux portes de la ville. Avant de mourir le 9 septembre 1087, il règle sa succession : il confie à son fils aîné Robert Courteheuse le duché de Normandie tandis que son deuxième fils Guillaume le Roux reçoit la couronne d’Angleterre. Son corps est ensuite transporté jusqu’à Caen, pour être inhumé en l’église abbatiale Saint-Étienne.

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Robert Ier « le Magnifique » (Né vers 1010-mort en 1035)

Robert Ier

Né vers 1010, Robert Ier n’est que le second fils du duc Richard II de Normandie. À la mort de ce dernier en 1026, c’est son fils aîné Richard III qui naturellement lui succède tandis que Robert se voit confier le comté d’Hiémois. Dans la même année, le cadet se révolte contre son ainé. L’armée ducale se présente alors devant Falaise où s’est retranché le rebelle. Robert capitule et se soumet à son frère. Mais en 1027 Richard III meurt empoisonné. Aussitôt, Robert écarte de la succession le fils bâtard du défunt, Nicolas, et monte lui-même sur le trône. Si les chroniqueurs de l’époque ne dévoilent pas le nom de l’empoisonneur, ils n’hésitent pas à accuser Robert du crime. Il apparaît en effet comme le principal bénéficiaire de la mort de Richard III. Toutefois il n’existe aucune preuve de sa culpabilité.

Robert devient donc duc en 1027. Il n’a environ que 17 ans mais montre très rapidement qu’il entend tenir la Normandie d’une main de fer. Vers 1028, Guillaume Ier de Bellême, un seigneur des confins méridionaux de la Normandie, se révolte. Le duc vient l’assiéger dans Alençon. Le rebelle est contraint à la reddition et Robert lui impose une pesante humiliation: Il l’oblige à se présenter devant lui avec une selle de cheval sur les épaules. Dans les débuts de son principat, Robert apprend également que l’évêque Hugues de Bayeux recrute des soldats en France pour renforcer la défense de son château d’Ivry. Furieux d’être tenu à l’écart du conseil ducal, l’évêque compte faire de sa forteresse un pôle de résistance au duc. Robert réagit rapidement: Il se présente devant Ivry avant même qu’Hugues ne soit revenu de France. L’évêque doit négocier son exil contre un sauf-conduit pour ses fidèles déjà réfugiés dans le château. Il n’est autorisé à revenir en Normandie qu’en 1032, au plus tard, et restera plutôt à l’écart de la cour. Parallèlement au conflit avec l’évêque de Bayeux, Robert Ier se querelle avec un autre homme d’église, son oncle Robert le Danois.

Fils du duc Richard Ier de Normandie, Robert le Danois est l’un des personnages les plus puissants du duché puisqu’il est comte d’Évreux et archevêque de Rouen. Le duc se déclare son ennemi, sans que l’on sache les raisons de cette soudaine opposition. Peut-être l’archevêque goûte-t-il peu la politique ducale envers l’Église. Les historiens ont remarqué en effet qu’au début de son principat, Robert le Magnifique enlève des terres aux abbayes et aux grandes églises pour les distribuer à de jeunes nobles. Le duc rompt ainsi avec l’attitude de ses prédécesseurs, notamment Richard II, qui s’étaient montrés généreux avec l’Église. Robert le Danois lui a-t-il adressé des remontrances pour ces usurpations ? Toujours est-il que le duc s’enflamme contre lui et part faire le siège d’Évreux en 1028. Après avoir mis en défense la cité, l’archevêque préfère négocier. Il choisit l’exil et se rend auprès du roi des Francs Robert le Pieux. Il ne s’avoue pourtant pas vaincu. Afin de faire fléchir son neveu, il lance l’anathème sur la Normandie. La sanction ecclésiastique fait son effet et Robert Ier le rappelle et le rétablit dans ses charges comtales et archiépiscopales.

Ce conflit entre l’archevêque et le duc semble constituer une rupture dans la politique religieuse de Robert Ier. Robert le Danois retrouve une haute position à la cour et il semble avoir convaincu son neveu qu’une bonne entente avec l’Église est indispensable. Plusieurs faits attestent de ce revirement. Tout d’abord, Robert signe des chartes à plusieurs abbayes pour confirmer leurs biens ou pour les restituer. Les abbayes de Fécamp et de Saint-Wandrille et la cathédrale Notre-Dame de Rouen figurent parmi les bénéficiaires de ces actes. Renouant avec les actions de son père Richard II, Robert fonde deux monastères. Il est accompagné dans ce mouvement par des seigneurs du duché : Guillaume d’Arques et sa femme créent une abbaye d’hommes (la Trinité-du-Mont) et une abbaye de femmes (Saint-Amand) à Rouen. Onfroy de Vieilles installe des moines à Préaux alors qu’un simple chevalier Herluin pose les bases près de la Risle d’un monastère appelé à un grand avenir : Le Bec. Finalement ses largesses envers l’Eglise lui valent le surnom de Robert le « Magnifique ».

À l’image de ses prédécesseurs, le duc de Normandie se montre également un allié précieux et ennemi redoutable pour les princes voisins. En 1031, lorsque le roi de France Robert le Pieux décède, son fils aîné Henri Ier lui succède mais se heurte à une révolte de son frère cadet Robert, appuyé par sa mère Constance d’Arles. Le comte de Blois Eudes II se mêle également à l’opposition contre le nouveau roi. Face à une telle coalition, Henri Ier doit quitter le domaine royal et trouver refuge à Fécamp auprès du duc de Normandie. Ce dernier l’aide dans son entreprise de reconquête. Le frère rebelle est vaincu et demande la paix tandis que Constance meurt en 1034. Pour prix de son appui, le duc de Normandie reçoit la suzeraineté sur la partie du Vexin entre l’Epte et l’Oise : le Vexin français. Le duc de Normandie apporte aussi un soutien décisif au comte de Flandre Baudouin IV. Vers 1030, ce dernier doit faire face à une rébellion de son fils et trouve en Richard l’aide militaire dont il a besoin pour reprendre en main le comté. Robert le Magnifique entre en Flandre et brûle le château de Chocques. Effrayés, les seigneurs de la région abandonnent le fils, qui à son tour, consent à rendre le pouvoir à son père.

Le règne de Robert le Magnifique est également marqué par une prise de position concernant la question anglaise. La cour normande accueille en effet depuis le principat de Richard II les deux fils du roi anglo-saxon Ethelred II. Chassé par les Danois, il laisse à partir de 1016, Knut le Grand, roi du Danemark, régner sur l’Angleterre. Si Richard II témoigne d’une certaine neutralité vis-à-vis de son voisin d’outre-manche, Robert le Magnifique s’engage clairement pour ses deux cousins exilés et envoie à Knut une ambassade pour lui demander de rendre le royaume aux enfants d’Ethelred. Devant son refus, le duc de Normandie convoque les grands du duché et donne l’ordre de construire une flotte pour envahir l’Angleterre. Les bateaux, chargés en vivres, en armes et en hommes, se rassemblent à Fécamp et prennent la mer mais une tempête les déporte vers Jersey. Les Normands ne débarqueront pas en Angleterre.

La flotte ne reste toutefois pas inactive. Réfugiée au Mont-Saint-Michel, elle est envoyée en partie par le duc ravager les côtes bretonnes. Depuis Rollon, les ducs de Normandie interviennent en effet régulièrement en Bretagne. En 1008, la mort du duc breton Geoffroi Ier laisse le pouvoir à sa femme Havoise de Normandie, soeur de Richard II. Les rapports entre Normandie et Bretagne sont donc très proches. Cependant le fils d’Havoise et Geoffroi, Alain devenu adulte, veut s’émanciper de la tutelle normande et refuse l’allégeance à Robert le Magnifique. Vers 1030, le duc de Normandie envoie donc sa flotte rassemblée au Mont-Saint-Michel ravager les environs de Dol. Alain riposte en envahissant l’Avranchin mais les Normands Alfred le Géant et Néel II de Saint-Sauveur écrasent les Bretons.

En 1032, le malheur frappe. La peste et la famine ébranlent le duché. Robert décide alors de partir en pèlerinage pour Jérusalem. Il réunit les dirigeants normands et leur présente son héritier, Guillaume, un enfant de six ans, fils non légitimé d’Arlette de Falaise. L’assemblée reconnaît le petit bâtard, non sans quelques réticences, qui est placé sous la garde du roi des Francs Henri Ier. Le duc part au début de l’année 1035 avec quelques barons comme le sénéchal Turstin, Odon Stigand et Drogon de Vexin, et prend la route terrestre pour rejoindre Rome. Il est accueilli à Byzance par l’empereur byzantin Michel IV et parvient jusqu’à Jérusalem. Malheureusement, sur le chemin du retour, Robert tombe malade et meurt à Nicée en juillet 1035. Il laisse la place à son fils, Guillaume II, pour ce qui sera le règne le plus marquant de l’histoire du duché de Normandie.

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Richard III (Né vers 1008-mort en 1027)

Richard III

Fils aîné de Richard II et de Judith de Bretagne, Richard III fut duc de Normandie du 23 août 1026 au 6 août 1027.

Associé au pouvoir durant le règne de son père, celui-ci l’envoie en 1024 combattre Hugues, évêque d’Auxerre et comte de Chalon-sur-Saône qui retient prisonnier le gendre du duc Renaud, comte de Bourgogne. Richard II mort en août 1026, il lui succède et doit affronter la révolte de son frère cadet, Robert, comte d’Hiémois. Assiégé par l’armée ducale à Falaise, celui-ci se soumet finalement mais garde une grande rancoeur. En 1027, Richard III épouse la fille du roi de France Robert le Pieux, confirmant l’alliance avec la dynastie capétienne. Cette union ne donne pas de descendance car l’épouse est en bas âge.

Le duc meurt mystérieusement le 6 août 1027 alors qu’il a environ vingt ans. Le poison est la raison la plus souvent invoquée pour cette mort précoce. Le frère du duc, Robert, est considéré comme l’empoisonneur. Ce qui est sûr, c’est que Robert est l’homme qui tire le plus grand avantage de la disparition de son aîné puisqu’il devient en conséquence duc de Normandie.

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Richard II « le Bon » (Naissance inconnue-mort en 1026)

Richard II

A la mort de son père, le duc Richard Sans-Peur, en novembre 996, Richard II, successeur désigné, est encore mineur, ce qui laisse le champ libre à une vague de troubles politiques dans le duché normand. Il doit tout d’abord faire face à une grave révolte de paysans en 996, qui décident de former des assemblées pour se gouverner eux-mêmes. Le comte Raoul d’Ivry, son oncle, la réprime toutefois dans le sang, faisant mutiler grand nombre de rebelles et faisant couper les pieds et les mains des principaux chefs de la révolte. Au cours de la même époque, Guillaume, demi-frère du duc nommé comte d’Hiémois, refuse de reconnaître son autorité. Raoul d’Ivry mène à nouveau une expédition qui aboutit à la capture de Guillaume. Tout au long de la minorité du futur duc, son oncle, Raoul d’Ivry, est donc celui qui tient les rênes du duché, peut-être en collaboration avec sa mère Gunnor. Vers 1001, cependant, Richard devient le seul maître de la Normandie. Il est le premier à prende le titre de duc de Normandie et non plus de jarl des Normands.

Il se consacre principalement à la réorganisation du duché par la mise en place d’une administration locale et la renaissance des structures religieuses. A la tête des divisions administratives, Richard va placer des comtes et des vicomtes chargés de défendre leurs territoires concédés et de percevoir les impôts. Cette aristocratie fidèle et dévouée est choisie parmi les membres ou les proches de la famille ducale, nommés les Richardides. Dans le domaine religieux, le rôle de Richard est encore primordial. Il réimplante le monachisme en Normandie, après la coupure des invasions vikings. Richard entend toutefois contrôler le clergé normand et l’épiscopat est donc placé sous la coupe de son frère Robert, archevêque de Rouen.

Sous Richard II, le duché s’installe encore un peu plus sur l’échiquier international. La papauté noue des contacts suivis avec ces Normands qui, un siècle auparavant, brûlaient les monastères et égorgeaient les moines. Surtout, les affaires d’Angleterre deviennent incontournables dans la politique diplomatique de la Normandie. Ainsi le duc tisse une alliance avec l’Angleterre en 1002, lorsqu’il donne sa sœur, la princesse Emma, au roi Ethelred (de cette union naîtra plus tard le futur roi Édouard le Confesseur).

Dans la continuité de son père Richard Ier, Richard II poursuit également les bonnes relations développées avec les rois capétiens. Robert le Pieux monte sur le trône la même année que l’accession au pouvoir du duc de Normandie. Leur piété, leur volonté de réforme de l’Église sont des points communs. À plusieurs reprises, Richard II vient en aide à son allié (et aussi sans doute ami), notamment en Flandre et en Bourgogne.

Au cours de son règne, Richard II épouse Judith, la fille du comte de Rennes, qui lui donnera 2 enfants : Richard III et Robert Ier. A sa mort en 1026 à Fécamp, la même où il avait été élevé, le duché, guère inquiété durant son règne, prospère et policé, apparaît comme un modèle du genre aux princes occidentaux. L’écrivain François Neveux écrit d’ailleurs: «en 1026, la Normandie était incontestablement la principauté la plus puissante et la mieux administrée du royaume franc».

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Richard Ier « sans peur » (né vers 930-mort en 996)

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Fils de Guillaume Longue-Épée et de Sprote la Bretonne, Richard est le troisième jarl des Normands et peut ainsi être considéré comme le troisième duc de Normandie. Richard n’ayant que 10 ans à la mort de son père, son tuteur, le roi des Francs, Louis IV d’Outremer, profite des circonstances pour tenter de reprendre la Normandie. Les barons normands, fidèles à leur ancien compagnon,  refusent ces tentatives de rapprochement et appellent à l’aide le roi du Danemark, Harald. Après plusieurs affrontements, Louis IV, victime du désistement de son vassal Hughes le Grand, duc des Francs, est fait prisonnier en 945. Il sera libéré contre une forte rançon. Richard quitte Laon où il avait été séquestré et rentre à Rouen, il chasse les partisans de Louis IV et se rapproche d’Hugues le Grand, dont il épousera la fille, Emma, en 960.

En 946, Louis IV attaque de nouveau la Normandie avec ses alliés flamands et germains. Les alliés traversent l’Epte et se dirigent vers Rouen. L’attaque de la ville est un échec. Les rois franc et germanique subissent alors une contre-attaque qui les obligent à battre en retraite jusqu’en Amiénois.  Valeureux vainqueur du combat de la rougemare, Richard est alors surnommé « sans peur ».

En 954, le roi Louis IV d’Outremer meurt suivi deux ans plus tard par son principal rival le duc des Francs, Hugues le Grand. Le fils de ce dernier, Hugues Capet, étant mineur, un de ses principaux vassaux, Thibaud le Tricheur, comte de Blois, en profite pour s’émanciper. Entre 956 et 960, il s’empare des comtés de Chartres et de Châteaudun. La Normandie se retrouve bordée au sud-est par la nouvelle puissance thibaldienne. En 961, la Normandie est envahie par Thibaud, poussé par Lothaire, le fils de Louis IV. Richard riposte avec l’aide de pillards scandinaves, engagés pour l’occasion, qui ravagent la région de Chartres. Débordé, Thibaud est vite amené à demander la paix. En 965, celle-ci est signée entre Richard Ier et Lothaire. A partir de cette date, Richard prête l’hommage vassalique au duc de France, Hugues, et l’aide à accéder à la royauté (Il l’obtient en 987 sous le nom d’Hugues Capet).

En 989, la femme de Richard meurt. Sa compagne, Gunnor, devient alors son épouse légitime et va lui donner 8 enfants dont le futur Richard II. Richard Ier meurt en 996, après 54 ans de règne, entouré de la vénération populaire. Il est enterré à Fécamp.

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Guillaume Ier « longue épée » (Né vers 910-mort en 942)

Guillaume Ier Falaise

Né vraisemblablement à Rouen vers 910, Guillaume est le fils de Rollon et de Poppa de Bayeux. Considéré comme le deuxième duc de Normandie, il est avant tout, comme son père avant lui, jarl des Normands et comte de Rouen. Associé au pouvoir en 927, il s’impose vite aux compagnons de Rollon à sa mort en 932. Il rétablit ainsi l’ordre à l’ouest du duché où des seigneurs bretons se soulèvent. Annexant le Cotentin et l’Avranchin, territoires sur lesquels le roi des Francs reconnait l’autorité de Guillaume en 933, il instaure une sorte de protectorat normand sur la Bretagne. A partir de ce moment, les frontières de la Normandie ne bougeront pratiquement plus jusqu’à nos jours.

Désireux d’entretenir de bonnes relations avec le royaume franc et de faire prospérer son duché, Guillaume est confronté à des problèmes liés au mode de vie scandinave de la population. Plusieurs seigneurs normands se rebellent en 934, lui reprochant ses liens avec le roi Raoul et avec l’église. Farouche guerrier et homme à poigne, Guillaume écrase la révolte menée par Rioulf en 935 lors de la bataille de Pré.

Guillaume, une fois la paix revenue sur le duché, se marie chrétiennement à Liutgarde de Vermandois et accueille le prétendant carolingien au royaume franc, Louis d’Outremer. Devenu trop puissant et suscitant la jalousie de ses voisins francs, Guillaume est en conflit avec son voisin Arnoul, comte de Flandre. Attiré dans un guet-apens en décembre 942, il est assassiné sur ordre de ce dernier à Picquigny, dans la Somme. Son corps, rapatrié par ses fidèles, est enterré dans la cathédrale de Rouen en face de son père. Son gisant est toujours visible de nos jours.

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Rollon (Né vers 860-mort vers 930)

Rollon

Chef viking aux origines incertaines, il devient le premier jarl (comte) des Normands en 911. Danois pour certains, les sagas islandaises le présentent plutôt comme étant norvégien. Par le manque de sources et le halo légendaire qui l’entoure, il est assez difficile d’en dresser un portrait véritable. Surnommé « le marcheur » selon la légende qu’aucun cheval ne pouvait supporter son imposant gabarit (Haut de 2 mètres, il pesait 140 kilos), il prend vraisemblablement pieds en France vers l’an 880-890.

S’installant à l’embouchure de la seine avec ses guerriers, il lance des raids à l’intérieur du royame franc. Son influence et ses troupes grossissant de jour en jour, il participe au siège de Paris puis s’empare de Bayeux. Nouant des liens avec le pouvoir carolingien et ecclésiastique de la région, il devient bien plus qu’un simple chef de bande. En 911, le roi des Francs Charles le Simple décide de négocier avec le puissant chef scandinave. Les pourparlers aboutissent au traité de Saint-Clair-sur-Epte. En échange du territoire correspondant à la Normandie actuelle, Rollon s’engage à bloquer les incursions vikings menaçant le royaume franc et à se faire baptiser. Il restaure ainsi la paix et la sécurité en Normandie et s’appuie sur l’archevêque de Rouen pour relancer l’Église séculière et rétablir la vie monastique.

Bien qu’il ne l’est pas dans les faits, il est considéré par les historiens comme le premier duc de Normandie. En effet, ne portant que le titre de jarl, il est le fondateur de ce qui deviendra le duché normand et mérite à ce titre l’appelation de premier duc de Normandie.  Mort dans des conditions incertaines après avoir transmis le pouvoir à son fils Guillaume, il est inhumé dans la cathédrale de Rouen où nous pouvons encore trouver aujourd’hui son gisant.

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