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Archive for the ‘Idée de lecture’ Category

Idée de lecture

Taras boulba

Taras Boulba est un cosaque fier et belliqueux, prêt à tout pour défendre sa patrie et sa foi orthodoxe. Ses deux fils, Andreï et Ostap, rentrant de Kiev après avoir fini leurs études, sont très vite conduits à la setch, le campement militaire cosaque. Après les avoir initié à la guerre, il perd l’aîné sous les coups de l’ennemi et tue de ses propres mains le cadet qui, amoureux d’une Polonaise catholique, a trahi sa famille et la foi orthodoxe. A la suite de deux grandes batailles, Taras Boulba est fait prisonnier et meurt à son tour, brûlé vif sur le bûcher.

Situé dans l’Ukraine du XVIIème siècle, ce roman retrace le destin d’une communauté en lutte, d’un côté, contre l’occupation polonaise, et, de l’autre, contre les agressions tatares. Par-delà les expéditions guerrières, les chevauchées dans la steppe et le récit des séjours au camp, règne sur ce livre un souffle épique qui côtoie sans cesse la truculence de la fête, des beuveries mais aussi l’évocation poétique d’une Ukraine primitive. Récit historique, épopée et mais aussi roman d’aventures, Taras Boulba est une magnifique exaltation du peuple cosaque, un peuple guerrier, attaché à ses traditions, parfois cruel mais souvent attachant par ses manières rustres et la pureté des ses cœurs.

Gogol, à la manière d’un peintre, nous dresse dans ce livre pur, écrit avec le cœur et l’amour qu’il porte à la Russie, sans leçons ni bien pensance, le portrait saisissant d’un homme dont le caractère et les actions, malgré leur rudesse, nous paraissent magnifiques. Nous le suivons avec entrain, chevauchant au vent de la steppe, se battant avec héroïsme et férocité, ripaillant et chantant dans les paysages grandiose d’une nature sauvage et immaculée, souhaitant ne plus le quitter. Mais le récit est court, malheureusement, et ses quelques 200 pages seront lues trop vite.

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Idée de lecture

Horace-Corneille

La pièce, dont l’action se situe à l’origine de Rome, commence dans une ambiance de paix et de bonheur: La famille romaine des Horaces est unie à la famille albaine des Curiaces. Le jeune Horace est marié à Sabine, jeune fille albaine dont le frère Curiace est fiancé à Camille, sœur d’Horace. Mais la guerre fratricide qui éclate entre les deux villes rompt cette harmonie. Pour en finir, chaque ville désigne trois champions qui se battront en combat singulier pour décider qui devra l’emporter. Contre toute attente, le sort désigne les trois frères Horaces pour Rome et les trois frères Curiaces pour Albe. Horace, étonné, ne s’attendait pas à un si grand honneur.

Les amis se retrouvent ainsi face à face, avec des cas de conscience résolus différemment : alors qu’Horace est emporté par son devoir patriotique, Curiace se lamente sur son destin si cruel. Même le peuple est ému de voir ces six jeunes gens, pourtant étroitement liés, combattre pour le salut de leur patrie. Mais le destin en a décidé ainsi. Lors du combat, deux Horaces sont rapidement tués et le dernier, héros de la pièce, doit donc affronter seul les trois Curiaces blessés; mêlant la ruse et l’audace, en faisant d’abord semblant de fuir pour éviter de les affronter ensemble puis en les attaquant, il va pourtant les tuer un par un et remporter ainsi ce combat.

Après avoir reçu les félicitations de tout Rome, Horace tue sa sœur qui lui reprochait le meurtre de son bien-aimé. Le procès qui suit donne lieu à un vibrant plaidoyer du vieil Horace, qui défend l’honneur et donc Horace contre la passion amoureuse représentée par Camille. Horace sera acquitté malgré le réquisitoire de Valère, un chevalier romain lui aussi amoureux de Camille, tout comme Curiace.

Sommet du classicisme français, cette tragédie en vers mérite bien l’adjectif cornélien. Entre volonté et héroïsme, cette œuvre marque une opposition irréductible entre deux points de vue inconciliables, l’option affective ou amoureuse contre l’option morale ou religieuse, nous renvoyant ainsi à des nombreuses questions: Curiace fait le choix d’accomplir son devoir mais sans y mettre du cœur, n’est ce pas un manque de conviction et une source de défaite? Camille fait le choix de placer l’humain et les sentiments personnels au-dessus de principes abstraits. Mais n’est-ce pas une forme d’égoïsme ou de lâcheté? Horace se voue corps et âme à la cause pour laquelle il a été élevé. Mais n’est ce pas se montrer inhumain que de placer une idéologie, fut-elle honorable, au dessus de tout, en détruisant ceux qui s’opposent à elle ou la remettent en question? Le lecteur sera marqué par ces valeurs de grandeur et d’honneur, brocardées à notre époque et développées par Corneille à travers ce héros romain, pour qui les liens du sang et de l’affection ainsi que la vie humaine (même celle de sa propre sœur, qu’il tuera) n’ont aucun prix face au devoir et à la renommée. La lecture de ces vers grandioses, écrits il y a longtemps mais trouvant tout de même un écho de nos jours, où l’action des hommes est trop souvent annihilée par la stérilité du débat, est un moment inoubliable.

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Le duel

« Cette affaire absurde allait ruiner sa réputation de jeune officier sensé, bien élevé et plein d’avenir. Elle nuirait en tout cas à son avancement immédiat, et lui coûterait la bienveillance de son général. Ces préoccupations d’ordre matériel étaient sans aucun doute déplacées étant donné la solennité de l’instant. Un duel, considéré comme une cérémonie du culte de l’honneur ou même réduit en son essence morale à une forme de jeu viril, requiert une parfaite unicité d’intention, un état d’esprit austère et homicide. »

Joseph Conrad retrace l’histoire, tirée de faits réels, de deux officiers de l’arméé napoléonienne s’affrontant en une série de duels au long des campagnes militaires du premier empire. Reconstituant parfaitement l’atmosphère de l’époque grâce aux personnages secondaires et aux événements politiques et militaires servant parfaitement de toile de fond à l’affrontement des deux officers, Conrad dresse le portrait d’un monde disparu, où les sentiments exarcébés de l’honneur et de la fidélité peuvent conduirent deux hommes à se haïr pour un raison des plus futiles. Face à face nous trouvons le lieutenant d’Hubert, aristocrate se conformant par dépit à une coutume sociale devenue obsolète à la fois dans la société mais également dans son propre système de valeurs, et le lieutenant Féraud, bretteur sanguin dont l’attachement à l’empereur le fera basculer dans une nostalgie destructrice.  A travers cette passion dévorante qui règle la vie des deux hommes pendant de nombreuses années, l’auteur explore avec maestria les thèmes de l’honneur, de la violence et de la haine. Un livre à mettre entre les mains des passionés d’Histoire ou de ceux qui, comme Féraud, vivent dans dans le souvenir mélancolique d’une grandeur passée.

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Idée de lecture

Cinq-MarsPublié en 1826, ce livre d’Alfred de Vigny est le premier roman historique français. Fervent admirateur de Walter Scott et bientôt suivi par Alexandre Dumas, Vigny donne à son personnage principal, Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq-Mars, les caractères du héros romantique et tragique.

Au jeune homme quittant son chateau de Chaumont en 1639 pour gagner le siège de Perpignan sur ordre de Richelieu, succède bien vite un défenseur acharné de la noblesse et de l’ancienne royauté. En effet, arrivé à Perpignan à la demande du ministre en quète d’un favori docile pour Louis XIII, il devient vite le plus proche ami du roi et le convainc de l’influence néfaste de Richelieu.

Devenu grand écuyer de France, lui est ses amis, au rend desquels se trouve le conseiller de Thou, persuadent Gaston d’Orléans, frère du roi, de se débarasser de Richelieu. S’en suit alors un face à face entre le jeune favori (auquel Monsieur fera faux bond), qui par ailleurs aime une femme inaccessible, et le cardinal aidé de son âme damnée, le père Joseph.

Bien qu’il prenne quelques libertés avec l’histoire, Vigny ne produit pas moins une oeuvre splendide. S’éloignant des portraits trop favorables au ministre de Louis XIII, à l’instar de Dumas, il décrit un Richelieu machiavélique, profitant des faiblesses du roi pour consolider son autocratie. Vigny nous esquisse ainsi une nouvelle vision de l’histoire du royaume. La mainmise de Richelieu sur le pouvoir et sa volonté de rabaisser les prétentions de la noblesse précipitent en effet la décadence de la monarchie et ont pu favoriser l’idée de République. Vigny fait d’ailleurs dire à Milton: « Et voilà donc ce prétendu grand homme ! Qu’a-t-il voulu faire? Il veut donc créer des républiques dans l’avenir, puisqu’il détruit les bases de votre monarchie? » Idéalisant la monarchie et les vertues du temps d’Henri IV, Vigny nous dresse un sublime portrait de l’ancien régime.

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