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Archive for the ‘C'est arrivé un …’ Category

Le bal des ardents (1393)

Le 28 janvier 1393, Charles VI organise un bal à l’Hôtel Saint-Pol, demeure royale située à Paris sur le bord de la Seine,  pour les noces d’une demoiselle d’honneur de la reine Isabeau de Bavière, Catherine l’Allemande, veuve du sire de Hainceville. La dame se marie pour la troisième fois avec un homme choisi par la reine. À l’occasion d’un remariage comme dans le cas de Catherine l’Allemande, il est de coutume d’organiser un charivari.

La journée se déroule gaiement en fêtes et en banquets. Toute la cour a été invitée aux festivités qui se poursuivent le soir par un bal organisé à l’Hôtel Saint-Pol. Après la présentation des musiciens, ceux-ci commencent à jouer. Les convives se mettent à danser au son des trompettes, des flûtes, des chalumeaux et d’autres instruments de musique. Le charivari débute. Sur une idée de Charles VI et de Hugues de Guisay, le roi et quatre autres de ses compagnons (Milon, comte de Joigny, Yvain de Foix, Ogier de Nantouillet et Aymard de Poitiers) décident d’animer la fête en se déguisant en « sauvages ». Ils s’enduisent de poix recouverte de plumes et de poils d’étoupe avant de se lier les uns aux autres, à l’exception du roi, au moyen de chaînes.

La noce bat son plein jusqu’au milieu de la nuit, lorsque les lumières s’éteignent et que les six sauvages se glissent au milieu des invités, gesticulant et criant. D’abord surpris, les invités se prennent au jeu. Mais arrivent bientôt le duc d’Orléans, frère du roi, et son oncle le duc de Berry, qui ont déjà passé une partie de la soirée dans une taverne. Intrigué par les danses de ces étranges sauvages, le frère du roi s’empare d’une torche pour mieux voir qui se cache sous les masques. Mais le duc d’Orléans s’approche trop près des déguisements et les costumes prennent feu immédiatement alors que les fêtards ne peuvent se dépêtrer à cause des chaînes.

Tandis que le feu se propage à ses compagnons enchainés les uns aux autres, le roi doit son salut à la présence d’esprit de sa tante Jeanne de Boulogne, duchesse de Berry, qui l’enveloppe immédiatement de sa robe et de ses jupons pour étouffer les flammes. Le sire Ogier de Nantouillet réussit à se libérer de sa chaîne et se jette dans un cuvier où se rinçaient les hanaps. Yvain de Foix, quant à lui, tente d’atteindre la porte où deux valets l’attendent avec un linge mouillé. Mais transformé en torche vivante, il n’y parvient pas. Les autres compagnons brûlent pendant une demi-heure sous les yeux impuissants du roi. Ils mourront l’un après l’autre après trois jours d’une terrible agonie.

Le lendemain, la nouvelle fait le tour de Paris et la foule se dresse devant l’hôtel Saint-Pol, où réside le roi. Les gens ne comprennent pas que l’on ait permis à ce roi, à l’esprit déjà fragile, une telle mascarade. La rumeur veut en outre que ce soit après avoir aperçu un sauvage l’année précédente que le roi eut son premier coup de folie (au cours duquel il tua quatre de ses compagnons). Quelques jours après le drame, très choqué, Charles VI publie une ordonnance par laquelle il confie la régence à « son cher et très aimé frère Louis duc d’Orléans, comte de Valois et de Beaumont, tant pour le bien, sens et vaillance de lui comme pour la très singulière, parfaite loyale et vraie amour qu’il a toujours eue à nous et à nos enfants ». Mais le duc d’Orléans étant jugé trop jeune, la régence échoit à ses oncles les ducs Jean de Berry et Philippe le Hardi. Charles VI n’a pas encore vingt-cinq ans et, comme le remarque le connétable de Clisson, il y a alors trois rois en France.

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Décès de Giuseppe Verdi (1901)

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Décès du roi  François II (1560)

Fils aîné d’Henri II et de Catherine de Médicis, François reçoit à sa naissance, le 19 janvier 1544, le prénom de son grand-père, le roi François Ier. Il naît onze ans après le mariage de ses parents, soulageant sa mère Catherine après une période de stérilité qui aurait pu être la cause d’une répudiation. Baptisé le 10 février 1544 à la chapelle des Trinitaires à Fontainebleau, François est d’abord élevé au château de Saint-Germain-en-Laye. Fait chevalier par son grand-père lors de son baptême, il reçoit le gouvernement du Languedoc en 1546 puis devient dauphin de France en 1547 à la mort de François Ier. Par l’accord signé à Châtillon le 27 janvier 1548, il est fiancé dès l’âge de cinq ans à Marie Stuart, reine d’Écosse et petite-fille de Claude de Lorraine, 1er duc de Guise. Il l’épouse le 24 avril 1558 et devient roi consort d’Écosse. Il succède prématurément, à l’âge de 15 ans, à son père Henri II, mort accidentellement le 10 juillet 1559 lors d’un tournoi. La montée sur le trône de François fait l’objet d’une révolution de palais. Entrant dans sa seizième année, François II est majeur et n’a théoriquement pas besoin de s’entourer d’un régent, mais, inexpérimenté et de santé fragile, il place sa confiance entre les mains des oncles maternels de son épouse, les Guise. Partisans d’une politique répressive vis-à-vis des protestants, les deux frères aînés de cette famille détiennent tous les pouvoirs : François de Lorraine, 2ème duc de Guise et prestigieux chef militaire, tient l’armée royale, tandis que Charles de Guise, cardinal de Lorraine, dispose des finances et des affaires de l’Église.

Le 21 septembre 1559, François II est sacré à Reims par le cardinal de Lorraine, puis la cour rejoint la vallée de la Loire. La ville d’Orléans et le château de Blois demeurent les lieux de prédilection du nouveau roi. François, sous l’influence des Guise, confère au duc de Lorraine, la souveraineté du duché de Bar. Dès lors, les faveurs et privilèges accordés aux Guise se font de plus en plus nombreux. Les princes du sang, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et son frère Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, considèrent avec une profonde jalousie la faveur dont jouissent les Guise. En effet, les Bourbons estiment que la position de conseillers leur revient de droit en tant que descendants de saint Louis et héritiers du trône de France en cas de disparition de la branche régnante des Valois-Angoulême. Les Guise ne sont à leurs yeux que d’ambitieux étrangers originaires du duché de Lorraine.

Le règne de François II est marqué par les troubles religieux. La mort d’Henri II est une source d’espérance pour ceux qu’on appelle les mal sentants de la foi. Ils espèrent que la monarchie va mettre fin à la politique de répression menée jusqu’à présent. Or, les Guise qui gouvernent désormais le pays, font partie des catholiques qui refusent toutes concessions aux protestants. Ces derniers, dirigés par Antoine de Bourbon et le prince de Condé, imaginent monter un coup de force pour débarrasser le roi des Guise. Devant le danger, le conseil royal décide, sous l’influence de Catherine de Médicis de faire des concessions. Le 8 mars 1560, l’édit d’Amboise accorde une amnistie aux réformés et évite l’installation de l’inquisition. Entretemps, quelques gentilshommes protestants avec à leur tête Godefroy de Barry, seigneur de La Renaudie, organisent un complot pour enlever le jeune roi afin de le soustraire à l’influence des Guise et placer au pouvoir Louis de Condé dans le but de faire reconnaître le droit du culte réformé: C’est la conjuration d’Amboise. Les conjurés massent 500 cavaliers pour attaquer la cour. Avertie, celle-ci se déplace du château de Blois vers celui d’Amboise, plus sûr. Les protestants, trahis par l’un d’entre eux, Pierre des Avenelles, sont faits prisonniers par le duc de Guise. plus d’une centaine d’entre eux seront exécutés, dont certains pendus au grand balcon du château.

La répression durera plusieurs semaines et fera près de 1 200 victimes. Un temps considéré coupable, le prince de Condé est relâché. Suite à cette conjuration, plusieurs mesures, dont l’édit de Romorantin, sont prises en faveur des protestants. Le 20 mai 1560, la reine mère remplace le chancelier Olivier par Michel de l’Hospital, catholique modéré, proche de la Réforme. Avec elle, il cherche à convaincre le roi et son entourage de la nécessité de mettre en place une tolérance religieuse et de procéder à une réforme de l’Église de France. Il demande aux nobles de se réunir à Orléans afin qu’ils puissent donner leur avis sur ces questions. Cette assemblée de notables, réunie en août, permet à Gaspard de Coligny, futur chef des protestants, de faire passer au roi des pétitions émanant des réformés. L’assemblée des notables prend la décision de convoquer pour le 12 novembre les États généraux. Les Guise restent opposés à l’idée de tolérance, mais le cardinal de Lorraine n’est pas réfractaire à une réforme de l’Église. Cependant, malgré les mesures d’ouverture prises par le gouvernement, les troubles continuent. Ils émanent principalement des protestants. Par ailleurs, pour évincer les Guise, un nouveau complot est préparé. Malgré ses vigoureuses protestations, le prince de Condé est de nouveau arrêté. Le roi reste convaincu qu’il n’est autre que le capitaine muet de la conjuration d’Amboise. Condé est condamné à mort.

Parallèlement, l’état de santé du roi s’aggrave dès novembre 1560. Le 16, il est atteint d’une syncope. Après seulement 17 mois de règne, François II meurt finalement le 5 décembre 1560 de maux insupportables à l’oreille. Il s’agissait peut-être d’une mastoïdite, d’une méningite, ou encore d’une otite devenue un abcès. Certains soupçonneront ultérieurement sa mère Catherine de Médicis et son épouse Marie Stuart de l’avoir empoisonné, rumeurs dénuées de fondement. Le roi mort sans laisser d’enfant, son frère cadet Charles, âgé de 10 ans, lui succède. Le 21 décembre, le Conseil privé nomme Catherine gouvernante de France. Les Guise se retirent de la cour. Marie Stuart, elle, retourne en Écosse pour y connaître un destin tragique. Emprisonnée pendant de longues années par sa cousine Elizabeth Ière d’Angleterre, elle sera executée en 1587. Louis de Condé, qui attendait son exécution dans sa cellule, est libéré suite à des négociations avec Catherine de Médicis. Le 23 décembre 1560, le corps de François II est conduit à Saint-Denis par le prince de La Roche-sur-Yon.

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La bataille de Pontvallain (1370)

Au cours de l’année 1370, la guerre de Cent Ans est relancée par Charles V. Après avoir donné un nouvel essor à l’économie en débarrassant le pays des grandes compagnies, il instaure des impôts durables qui lui permettent de financer une armée permanente afin de reconquérir méthodiquement les territoires concédés au Traité de Brétigny. Les Anglais, ruinés par leur participation à la première guerre civile de Castille, n’ont plus les moyens de se lancer dans des chevauchées qui pourtant ont le mérite de s’autofinancer. Le roi Édouard III d’Angleterre envoie alors Robert Knowles dans le nord de la France, espérant ainsi détourner des troupes françaises pour soulager la Guyenne et leur infliger une défaite similaire à celles de Crécy ou de Poitiers.

Charles V n’est pas dupe et applique la stratégie de la terre déserte. De ce fait, Robert Knolles et Thomas Granson ne trouvent devant eux que le vide ou des villes solidement défendues et aux portes closes. Après avoir pillé le nord de la France et la Beauce, l’armée anglaise arrive dans le Maine. Mais les pillages ne laissent pas les Français indifférents, les troupes sont massées dans les villes, et les citadins, voyant les fumées des faubourgs incendiés, grondent. Charles V doit donner le change pour justifier les impôts prélevés : Le 2 octobre 1370, il nomme comme connétable de France Bertrand du Guesclin, tout auréolé de ses victoires à Cocherel et en Castille. Accompagné par Olivier de Clisson et Jean de Vienne, du Guesclin est envoyé aux trousses des Anglais, après le sac de La Rochelle.

Au mois de novembre, la situation évolue. Forts de leurs succès et las de leurs chevauchées, les soldats anglais commencent à relâcher leurs efforts. Les chefs de l’armée se querellent entre eux. Le 1er décembre 1370, après avoir levé une armée en Bretagne et en Normandie, du Guesclin se lance à l’attaque. Ayant appris que Robert Knolles et Granson disposent de 3 000 hommes basés sur les bords du Loir, entre Vendôme et Château-du-Loir, le connétable dirige ses troupes vers Le Mans, aux mains des Anglais. La ville ouvre ses portes à l’arrivée des Français. Du Guesclin se dirige ensuite sur Viré-en-Champague où il y reçoit un héraut d’armes envoyé par Granson qui, certain de la supériorité tactique de l’arc long anglais, voulait profiter de l’absence de Robert de Knolles pour demander bataille et récupérer seul les rançons prélevées sur les prisonniers. Le connétable remet à l’envoyé dix marcs d’argent et le fait retenir le plus longtemps possible par quelques hommes, afin de prendre les devants avec le gros des troupes. Le soir même, par une pluie battante, il franchit à marche forcée les quarante huit kilomètres qui le séparent de l’ennemi : L’armée française se dirige vers le sud, traverse la Sarthe au-dessous de Parcé, s’avance vers le sud-ouest, passe entre La Fontaine et Courcelles et arrive le lendemain matin dans la plaine du Rigalet, prés du bourg de Pontvallain.

Du Guesclin sait qu’il ne faut pas laisser les archers se retrancher, sinon ils seront en mesure de décimer leurs assaillants. À l’aube du 4 décembre, après une heure de repos donnée à ses soldats, Bertrand du Guesclin et ses compagnons chargent, à pied et par surprise, le camp anglais et mettent en déroute les troupes de Knolles et Granson. Cependant, une centaine d’entre eux résistent pendant qu’un des leurs, Orsèle, rassemble les fuyards dans le bois de Fautreau. Il est toutefois surpris par le maréchal d’Andreghem et les Anglais sont de nouveau bousculés. Le soir, 2 000 Anglais arrivent en soutien et il faut reprendre le combat. L’arrivée opportune d’Olivier de Clisson avec 500 hommes fait tourner l’affrontement à l’avantage des Français. Les Anglais se replient au château de Vaas, une bonne dizaine de kilomètres plus au sud. Le lendemain, 5 décembre, du Guesclin rejoint les Anglais retranchés à Vaas et leur inflige une nouvelle défaite, faisant un grand nombre de prisonniers. Granson lui-même est pris par Olivier de Clisson. Le 6, il enlève Saumur : le Maine est alors libéré.

A l’issue de la bataille, Bertrand du Guesclin fait soigneusement enterrer ses morts et placer sur leur tombe une croix de bois que les habitants ont toujours renouvelée jusqu’en 1828, époque à laquelle un chatelain voisin des lieux, M. Dubignon d’Angers fait élever un obélisque en pierre qui porte l’inscription suivante :

« Ici, après le combat de Pontvallain, en novembre 1370, Bertrand du Guesclin de glorieuse mémoire, fit reposer ses fidèles Bretons. Un ormeau voisin, sous lequel on éleva une cabane pour les blessés, une croix de bois plantée sur les morts ont donné à ce lieu le nom d’Ormeau ou de Croix-Brette. Français, que les dissensions intestines, que les invasions étrangères ne souillent plus désormais le sol de notre belle France. »

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La bataille d’Austerlitz (1805)

En 1805, Napoléon s’est donné comme objectif d’abattre l’Angleterre. Au Camp de Boulogne, il a réuni près de 200 000 hommes à cet effet. Mais c’est à l’Est que son attention va être attirée: En août, une 3ème coalition unissant Autrichiens et Russes et financée par les Anglais attaque par surprise la Bavière, alliée de la France. Napoléon fait aussitôt mettre en marche près de 100 000 soldats le 28 août. Avec une rapidité qui sidère l’adversaire il passe le Rhin et fonce sur le général autrichien Mack qui s’est réfugié dans Ulm. Encerclé et isolé, Mack doit se rendre le 20 octobre. Napoléon s’empare alors de 27 canons et 27 000 prisonniers.

Napoléon apprend toutefois,  peu de temps après, l’anéantissement de la flotte française par l’Amiral Nelson à la bataille de Trafalgar le 21 octobre. Le 13 novembre, Murat, qui poursuit l’arrière-garde autrichienne, entre triomphalement dans Vienne sans livrer bataille. Les troupes françaises ont couvert plus de 1 200 kilomètres en un peu plus de soixante jours. Une semaine plus tard, l’Empereur est à Brünn et pousse jusqu’à Austerlitz. A la surprise générale, il n’occupe ni le village, ni le plateau du Pratzen qui le précède, ce qui conduit les deux empereurs alliés, François II d’Autriche et Alexandre Ier de Russie, à penser que Napoléon se prépare à se replier. Ils occupent aussitôt Austerlitz et le plateau. Le 29 novembre, le prince Dologorouski, aide du camp de Tsar, vient proposer une armistice à des conditions exorbitantes et en repart convaincu que la victoire est à portée de sabre. À son retour, il déclare : « Napoléon tremblait de peur. J’ai vu l’armée française à la veille de sa perte. Notre avant-garde suffirait à l’écraser ».

En fait, l’évacuation du plateau répond à une volonté de Napoléon de voir les Austro-Russes déployer largement leurs troupes sur le plateau au risque de trop les étirer. De plus, en dégarnissant son aile droite, il incite les Alliés à attaquer à leur gauche pour lui couper la route de Vienne. Pour persuader tactiquement les alliés, Napoléon place peu de troupes sur son flanc droit. Il prévoit que les Alliés, voyant le point faible du dispositif français, quitteront leur position dominante, c’est-à-dire le plateau de Pratzen, pour envelopper les Français et leur couper la route de Vienne, car ils croient qu’elle est indispensable aux Français pour battre en retraite en cas de défaite, alors qu’en fait, l’Empereur se serait replié sur Paris. Au centre, Soult et ses 20 000 hommes, contre-attaqueront et couperont l’armée ennemie en deux en attaquant le plateau de Pratzen laissé sans défense. Lannes, avec 15 000 fantassins, et Murat, à la tête de 8 000 cavaliers, au nord, défendront leurs positions. Et effectivement, dès le 1er décembre, les Alliés se portent avec 30 000 hommes sur la droite française de Davout et ses 9 000 hommes. La bataille commence vraiment le 2 au petit matin: les Austro-Russes se concentrent sur l’aile droite de Napoléon tandis que le général Bagration affronte l’aile gauche de Murat et de Lannes.

Lorsque le brouillard qui dissimulait les troupes françaises commence à se dissiper et que brille de tous ces feux le soleil d’Austerlitz, le plateau est dégarni. Napoléon laisse alors partir les régiments de Soult qui escaladent le Pratzen, s’en emparent après une bataille acharnée coupant les deux ailes austro-russes qui ne se rejoindront jamais. Désorganisée, divisée, bousculée, l’armée alliée se disperse et une partie s’échoue sur les étangs gelés avant de se noyer, Napoléon ayant fait tonner le cannon pour briser la glace. La bataille se conclue alors pa rune brillante victoire française.  Les Français comptent 1290 morts et 6 943 blessés, les alliés, 16 000 morts et blessés et 11 000 prisonniers. Les 185 canons pris à l’ennemi sont employés pour fondre la colonne de la place Vendôme à Paris.

Au soir du 3 décembre, Napoléon reçoit un émissaire de François II. Celui-ci demande l’arrêt des combats pour négocier la paix. Le lendemain, Napoléon et François II se réunissent au Moulin Brûlé, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Austerlitz. Les deux souverains conviennent d’un armistice et des principales conditions de paix autour d’un simple brasier. Ils s’entendent même sur la responsabilité du conflit : « Les Anglais sont des marchands de chair humaine » s’exclame l’empereur autrichien. Après une heure d’entrevue, Napoléon demande : « Votre Majesté me promet donc de ne me plus faire la guerre ? » et François II répond : « Je le jure et je tiendrai parole ». De retour à Vienne, acclamé par ses sujets, François II dit à l’ambassadeur français : « Croyez-vous, Monsieur, que votre Maître pourrait ainsi retourner à Paris, ayant perdu une bataille comme je l’ai perdue ? ».

Le 26 décembre, l’Autriche signe le traité de Presbourg. Elle perd 4 millions de sujets et la Vénétie, dont Venise et son important port, ainsi que ses dépendances d’Istrie et de Dalmatie. En outre, elle doit donner ses territoires allemands, comme le Tyrol, au profit de la Bavière et du Wurtemberg. La France a alors les mains libres pour réorganiser l’Allemagne : la Bade devient un grand-duché tandis que la Bavière et le Wurtemberg deviennent des royaumes. Ces trois États forment en juillet 1806 le noyau de la Confédération du Rhin. Le 6 août 1806, François II renonce à son titre d’empereur d’Allemagne et devient alors le roi François Ier d’Autriche, et dissout le Saint-Empire romain germanique. Enfin, l’Autriche paye une indemnité de 40 millions de florins, soit un 1/7 de son revenu national. La Prusse, effrayée par ce coup de tonnerre, signe, le 16 décembre, à Schönbrunn, un traité d’échange de territoires favorable à la Prusse. Napoléon donne à la Prusse le Hanovre, domaine du roi d’Angleterre, contre les villes de Neuchâtel, Clèves et Ansbach. À la nouvelle du désastre de l’armée alliée, le Premier ministre anglais William Pitt, responsable de la coalition, demanda à son valet de détacher la carte d’Europe accrochée au mur : « Roulez là, elle ne servira plus dans dix ans ».

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Le passage de la Bérézina (1812)

Cinq mois après le franchissement du Niémen, le 24 juin1812 , la Grande Armée bat en retraite après avoir abandonné Moscou, et se trouve devant une rivière marécageuse du nom de Bérézina. L’hiver est précoce et très rigoureux. Exposée sur son flanc aux coups de l’armée de Wittgenstein, poursuivie par celle de Koutousov, et bloquée par la rivière dont l’armée de Tchitchagov maîtrise le pont de Borisov depuis la veille, la Grande Armée se trouve, le 22 novembre 1812 au matin, dans une situation désespérée.

Le 23, les Russes attendent les Français à Borissov et Napoléon décide d’y organiser une manœuvre de diversion pour permettre le franchissement de la Bérézina 15 km en amont, face au village de Stoudienka, là où le général Corbineau a identifié un passage possible. Le succès de l’opération passe par la très rapide construction de deux ponts à Stoudienka. Travaillant dans l’eau glacée les 26, 27 et 28 novembre, les pontonniers néerlandais du général Eblé réalisent et entretiennent ces deux ouvrages que la Grande Armée franchit le 26, dès 13 heures, malgré l’opposition des trois armées russes.

Dans la nuit, Tchitchagov se rend compte de son erreur mais ne peut intervenir immédiatement. Lui, Wittgenstein et l’avant-garde de Koutousov prennent l’offensive le 28 vers 8 heures du matin. Face à l’armée de Wittgenstein, devant les forces ennemies qui s’accroissent à mesure que le temps passe, le maréchal Victor avec 10 000 hommes, défend toute la journée les hauteurs de Stoudienka, tandis que 800 cavaliers de Fournier se distinguent en chargeant à de multiples reprises la cavalerie et l’infanterie russe. Alors que la traversée s’achève, la nuit interrompt les combats et Victor en profite pour passer à son tour sur la rive droite. Ce même jour, Tchitchagov attaque sur le côté droit. Là, la bataille se déroule dans une forêt de pins et se poursuit toute la journée. Les maréchaux Oudinot et Ney à la tête de 18 000 vétérans, dont 9 000 Polonais commandés par les généraux Zajonchek, Dombrowski et Kniaziewicz, culbutent l’amiral Tchitchagov qui se replie sur Bolchoi Stakhov et lui font 1 500 prisonniers, permettant à la Grande Armée de passer le fleuve.

Plus tard, alors que le gros de l’armée a déjà franchi la Bérézina, de nombreux retardataires sont encore sur l’autre rive. Eblé envoie plusieurs fois dire autour des bivouacs que les ponts vont être détruits dès l’aube du 29 pour protéger la retraite. Des voitures sont incendiées pour convaincre les retardataires de l’urgence à traverser, mais la plupart des traînards, épuisés, préférant attendre le jour, restent sourds à ces injonctions. Après avoir autant que possible reporté l’échéance, les deux ponts sont incendiés sur l’ordre de Napoléon entre 8 h 30 et 9 h 00. La rive gauche de la Bérézina offre alors le spectacle tragique d’hommes, de femmes et d’enfants se précipitant à travers les flammes des ponts ou tentant de traverser la rivière à la nage. Les cosaques russes, trouvant le passage libéré après le départ de Victor, arrivent à 9 h 30. Ils s’emparent du butin abandonné par la Grande Armée et font de nombreux prisonniers.

Même si la Grande Armée évite l’anéantissement, après le passage de la Bérézina, sa situation est tragique. Les formations combattantes, l’État-major et l’artillerie de la Grande Armée ont franchi la Bérézina, mais ce succès militaire, en infériorité numérique, a le goût amer des nombreuses pertes subies, qui seront évaluées à environ 45 000 morts ou prisonniers. Il n’y a alors guère plus de quelques milliers de soldats en état de combattre (surtout des grenadiers de la Vieille Garde). Une grande partie des pontonniers ont péri de froid dans l’eau glaciale de la Bérézina. Six seulement survivront à la retraite et Eblé lui-même mourra d’épuisement à Königsberg.

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Décès de Jean Gabin (1976)

 

 

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